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Plusieurs choses ont été dites à propos du spectacle de la CHI. Même sur l’axe du mad, un blogue à tendance satirique comptant dans ses rangs quelques humoristes, les opinions divergent. Par la présente, nous donnons une tribune, aussi modeste soit-elle, au Comité Femmes GGI qui est à l’origine des contestations entourant le spectacle qui a enclenché le débat. (les propos de ce texte n’ont fait l’objet d’aucune censure, nonobstant de l’opinion des blogueurs de l’ADM)

Le 18 juin dernier, on le sait, la Coalition des Humoristes Indignés (CHI), gracieusement, présentait un spectacle d’humour dont les profits iraient entièrement à la « cause étudiante ». Les Indigné-e-s s’attendaient certainement à subir les invectives de quelques franges de la société, en désaccord avec leur prise de position. Ils ne s’attendaient certainement pas à se faire fustiger par ceux et celles-là mêmes qu’ils prétendaient aider. Des féministes ont en effet décidé d’être présentes le jour du spectacle, à l’entrée, déguisées en mimes, afin de dénoncer entre autres le sexisme de plusieurs des humoristes au programme, Mike Ward, François Massicotte, Maxim Martin, pour n’en nommer que quelques-uns. La figure du mime fut choisie parce qu’elle symbolise à nos yeux un humour vivant et une résistance à la censure. Tandis que le mime choisit le silence afin de mettre en valeur ou de dénoncer certaines attitudes et certains gestes, la société patriarcale l’impose aux femmes, tout particulièrement à celles qui tentent d’exprimer publiquement des critiques féministes. Lorsqu’ils aperçurent les mimes et apprirent par la suite que des étudiantes avaient entamé des procédures pour faire en sorte que la CLASSE refuse de recevoir sa part du butin, les Indigné-e-s s’indignèrent à nouveau. Mordre la main qui te nourrit, même si la nourriture est au final indigeste, gorgée de sucs pourris jusqu’à la moelle, qu’on y est mortellement allergique ou encore que sa consommation à long terme entraîne le cancer de l’âme, ça ne se fait pas, point à la ligne. Les médias de masse ont abondamment parlé du sujet, mais en surface, et mal. Un très mauvais tableau de toute la situation fut dépeinte, rien d’étonnant là-dedans. Le court texte que voici, écrit à plusieurs, provient des femmes qui sont à l’origine de la vague de protestation contre la CHI. Il a pour humble visée deux choses : expliquer nos motivations et rétablir certains faits.

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Pourquoi attaquer les humoristes alors que les bravos fusent de partout est la première question qu’on nous a posée : c’est un pied-de-nez à Gilbert Rozon, puisque le spectacle est chapeauté par ses soeurs, qui affirment ne pas partager les visions réactionnaires de ce dernier sur le conflit étudiant. Enfin de l’humour engagé au Québec. La culture et la lutte sociale, après s’être courtisées sous la forme de carrés rouges fièrement arborés par nos artistes québécois, se sont finalement embrassées, scellant leur union idyllique pour le meilleur et pour le pire. La CLASSE annonce l’événement sur son site, puisqu’il y a convergence dans les intérêts. Qui affirme défendre la cause étudiante est forcément un allié, n’est-ce pas? Fortes de leur rôle notoire de casseuses de party, des féministes ont cependant décidé de mettre un frein à ce mielleux enthousiasme. Un rapide coup d’oeil à la liste des humoristes indignés suffit en effet à procurer une insoutenable nausée. Il semble en effet que ceux et celles s’enthousiasmant à l’idée de cet événement aient la mémoire courte. Plusieurs d’entre eux ont en effet bâti leur carrière sur de l’humour dégradant. Sexisme, homophobie, hétérocentrisme, classisme, âgisme, racisme et racisation. On fait des jokes de grosses, des jokes sur les B.S., des jokes sur les gens qui ont des handicaps, des jokes sur le fait que c’est donc bien plate quand ta blonde veut pas avaler, des jokes sur les vieilles qui sont folles d’avoir peur des agressions sexuelles puisqu’elles ne sont plus baisables. Ce sont des blagues, nous rétorque-t-on. Nous ne pensons pas ce que nous disons, larmoie-t-on. Il faut prendre l’humour au deuxième degré, renchérit-on. De plus, même si on pensait vraiment ce qu’on disait, on aurait le droit de le dire. Ça s’appelle la liberté d’expression.

Nous pensons que les blagues qui se servent de stéréotypes et de clichés afin de faire rire ne sont pas une simple « expression ». En fait, nous ne pensons pas qu’il existe une telle chose qu’une simple « expression ». Nos dires et discours ont des conséquences tangibles sur le monde qui nous entoure. De reprendre des clichés sur les personnes assistées sociales, par exemple, contribue à maintenir une image négative et homogène de ce groupe. Une blague sur un B.S. qui crosse le système masque la réalité et a pour effet d’en rendre un portrait tronqué. Nous vivons dans un système qui est construit par différents rapports de domination. Ce que nous dénonçons, c’est que, presque systématiquement, les cibles des blagues des humoristes sont des groupes opprimés. L’humour au Québec se fait très souvent une courroie de transmission de l’oppression, puisqu’au lieu de la dénoncer, elle la renforce. En tant que féministes, nous ne pouvons tout simplement pas nous associer à ces gens. Comment pourrions-nous encore dormir en sachant que nous avons accepté l’argent de ceux et celles qui trouvent drôle d’imaginer que Jean Charest se fait violer en prison (blague faite lors du spectacle de la CHI), alors que le viol est un outil de domination patriarcale que nous dénonçons, à corps perdu, depuis toujours, et que cette  « blague » banalise perversement la chose? La liberté d’expression est certes quelque chose qu’il faut se battre pour conserver, et nous nous battrons effectivement jusqu’au bout pour pouvoir conserver le droit de dire que les humoristes québécois, dans leur vaste majorité, ne sont pas drôles et que leurs propos mettent des bâtons dans les roues au progrès social. Il est à notre sens hautement incohérent de se prétendre indigné de manière ponctuelle, alors que l’ensemble de notre oeuvre est au contraire une ode lyrique à la beauté du statu quo et de la reproduction de l’injustice. Il est par ailleurs très important de rétablir un fait, qui fut oublié par la couverture médiatique mainstream : la CHI n’a jamais pris position en faveur du mouvement étudiant. Daniel Thibault, un des cerveaux à la source du spectacle, dans son entrevue à Medium Large, rappelait judicieusement que la seule et unique cause d’indignation des humoristes était la loi 78, qui muselait la liberté d’expression. Les humoristes s’indignaient donc tout simplement que leur précieux droit de tout dire à tout moment et n’importe comment soit entaché. Peut-être pas si incohérent que ça, comme geste, finalement…

                                                                                       ***

Rétablissons maintenant qui nous sommes. Nous ne sommes pas la CLASSE. Nous sommes des femmes, des féministes, qui militent dans un comité de mobilisation féministe qui existe et agit à l’extérieur des structures de la CLASSE. Nous n’avons pas de porte-parole, pas de comité média, pas de représentante élue. Nous sommes un comité de mobilisation créé en novembre passé, parce que plusieurs femmes étaient insatisfaites du comité de mobilisation élargi de la CLASSE qui s’affairait à préparer la grève à venir. Division sexuelle de la répartition des tâches, prises de parole majoritairement masculines et reproches de diviser le mouvement lorsque des critiques féministes s’élevaient ne sont que quelques-uns des exemples qui poussèrent les féministes à s’organiser entre elles.

Autre fait à rétablir, largement passé sous silence : la cible de notre action du 18 juin était double. Déguisées en mimes, nous étions près de l’entrée de la salle. Sur des pancartes, des citations sexistes d’humoristes au programme. Mais également une bannière où était inscrit « Y’a personne comme la CLASSE pour marchander ses principes féministes », en référence au slogan de la CHI, « Y’a personne comme un humoriste pour savoir que la farce a assez duré ». Notre colère avait en effet été déchaînée par la promotion du spectacle que les exécutants et exécutantes de la CLASSE, les gens élus, avait faite sans consulter qui que ce soit. Nous avons donc pris le relais et déclenché un débat public nous-mêmes. Il aura fallu que nos critiques s’élèvent en vacarme pour que l’annonce soit finalement retirée du site internet. Or, La CLASSE se présente publiquement en tant qu’organisation démocratique, combative et féministe, notamment en raison des revendications sensées orienter sa pratique. L’ASSÉ, à la base de la CLASSE, se positionne en effet en paroles « contre toute forme de promotion d’un idéal féminin et masculin standardisé » et contre « tout concept relié à la femme-objet ». Même chose pour l’idéal hétérosexuel standardisé, qui est également à décrier. Or, lors du fameux spectacle, le public eut droit à une longue tirade sur le fait que Louis-José Houde semblait ne pas avoir de pénis. Un spectateur se fit même apostropher : « Avoue, toi, que t’aurais pas peur que ta blonde parte avec Louis-José Houde ! » Pourquoi ? Parce qu’il ne correspond justement pas à cet idéal masculin hétérosexuel standardisé. Ce spectacle, nous y avons effectivement assisté, et, à dire vrai, ce à quoi le public eut droit, ce fut à un cours 101 sur les idéaux masculin, féminin et hétérosexuel standardisés. Un humoriste, lors du spectacle, nous suggère de remplacer le carré rouge par le carré pénis, une solution marketing pour revamper le conflit. L’avantage ? Tous les pénis sont différents. Et si jamais on a déjà vu deux pénis pareils, c’est qu’on en a trop vu. Encore, encore, cette image de la salope. On vous passe le reste du champ lexical phallique de la soirée. De la déjection culturelle réchauffée, redondante, de mauvais-goût, puérile, insipide, de profonds ressacs de redites ânonnées, certes, certes. Mais le problème est loin d’être d’abord et avant tout celui-là.

Si vous ne devez retenir qu’une chose de ce texte, retenez la phrase suivante : la problématique cruciale de ce type d’humour est qu’il est dégradant et qu’il brise tout simplement des vies. On ne parle pas seulement des blagues rabaissantes, qui affectent réellement l’estime de soi d’un large pan de personnes, mais aussi de celles qui entendent édicter les normes de ce qu’est une femme, de ce qu’est un homme et de la manière dont nous devrions vivre notre sexualité, le refus d’obéir à ces diktats étant une faute assez grave pour devenir la risée des bien-pensants et bien-pensantes de l’humour industriel. Mais, surtout, et ce sur quoi nous insistons plus que tout : les blagues de ces humoristes légitiment et renforcent plusieurs formes de violence envers des populations opprimées. Cette situation de collaboration étroite entre l’humour et la reproduction et la légitimation de la violence fait des humoristes des complices des crimes qu’ils banalisent, et ils sont en ce sens des ennemis de la justice sociale que nous n’aurons par conséquent de cesse d’attaquer, jusqu’à ce que leur tribune s’écroule.

Par la suite, des féministes déposèrent une proposition en congrès à l’effet que la CLASSE refuse d’encaisser l’argent que les décideurs et décideuses avaient accepté par une entente écrite en bafouant ses principes démocratiques et féministes. Alors, il y eut débats dans les assemblées et en congrès. Mais si le groupe externe de féministes que nous sommes n’avait au préalable rien dit ni rien fait, l’histoire se serait déroulée tout autrement, et il y a fort à parier que les coffres de la CLASSE se seraient regarnis. C’est du moins ce que le courriel d’un ancien exécutant de la CLASSE en réponse à nos protestations laissait envisager : « Si nous ne voulons pas faire faillite et pouvoir continuer notre lutte, nous avons besoin d’amasser énormément d’argent dans les prochains mois. En ce sens, nous ne pouvons nous priver d’aucun don provenant d’individus ou de groupes qui nous appuient. » Au prix de nos principes. La marchandisation, c’est exactement ça. Et c’est ce contre quoi on se bat.

La beauté de la chose, c’est que l’attitude scandaleuse d’élu-e-s de la CLASSE nous a raffermies dans notre volonté de demeurer indépendantes vis-à-vis de celle-ci. En aucun cas ne nous tairons-nous. Nous ne marchanderons jamais nos principes pour de l’argent, encore moins pour l’appui populaire. Nous continuerons de dénoncer ce que nous croyons devoir dénoncer, même s’il faut pour cela s’attaquer aux organisations dont nous sommes membres. À plus forte raison, en fait, si c’est le cas, car critique bien ordonnée commence par soimême. Aux nombreux reproches de diviser le mouvement que nous avons dû encaisser pour avoir osé prendre parole, nous répondons ceci : si la CLASSE avait décidé d’accepter l’argent et d’aller de l’avant avec sa vision capitaliste de la survie, c’est elle qui aurait divisé le mouvement, puisqu’elle se serait alors privée de l’appui de plusieurs personnes vivant des oppressions spécifiques et qui s’investissent activement dans le mouvement depuis le début. Il est absolument certain que nous n’aurions pas été les seules à déserter. Une organisation saine et réellement progressiste, si ce mot veut encore dire quelque chose, en est une qui favorise la confrontation d’idées, et, plus que tout, qui ne brandit pas l’épouvantail de la division du mouvement au moindre signe de dissension. Nous avons bel et bien le sens de l’humour, et nous savons reconnaître une bonne blague lorsqu’elle se présente. Ainsi, une chose aura été drôle dans toute l’histoire : que nous soyons celles accusées de censure alors qu’un processus dialectique riche et complexe est en train de se faire mettre à mort par la bureaucratie institutionnelle et par un désir pathologique du consensus et de l’harmonie.Des féministes en grève, membres du

Comité femmes GGI

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14 réflexions sur “Des féministes étudiantes rétablissent les faits sur la Coalition des Humoristes Indignés

  1. Vu qu’elles le précisent à la fin, je me permet de le pointer, mais le texte n’est pas écrit par « Le comité femmes de la CLASSE » comme le dit l’entête, mais par le Comité femmes GGI de l’UQAM, ce qui n’est pas la même chose. Notament, que le Comité femmes GGI ne fait pas partie de la CLASSE.

  2. entk le niveau d’humour (sur la scène publique) est assez bas au québec c’est poche.
    ce serait bien d’avoir des trucs comme Quite Interesting (d’Angleterre).

    j’pense pas que ça soit pcq on est « un p’tit peuple » qu’on peut pas en avoir. faudrait juste se donner deux trois bon coups de pied au cul hein.

  3. Pingback: CHI : le féminisme et l’humour | Le Globe - regard citoyen

  4. Merci de donner le point de vue qu’on peine à retrouver dans les autres sources de médias.
    Mais en tant qu’homme étudiant, homosexuel et qui aime rire gras quand la situation y est propice, j’ai peur de passer pour un « drettiste » si j’ose dire avoir beaucoup de réserve face à ce point de vue.

    Disons que lorsque des personnes d’horizons différents se battent pour le même cause, ils faut les accueillir plutôt que les rejeter du revers de la main, fussent-ils des humoristes pipi-caca, des beautés désespérées, des « douches » du gym ou … des féministes exacerbées. Les libéraux savent qu’il faut diviser pour régner et le tollé ridicule (merci les médias) mais prévisible leur aura profité, une fois de plus.
    Je ne peux pas m’empêcher de croire qu’il faut aussi « jouer la game » quitte à se boucher le nez parfois. Pour changer le monde, il faut éviter de changer tout le monde, si vous permettez le jeu de mots.

  5. Entièrement d’accord avec le commentaire de Fred. C’est un texte très intéressant, mais je trouve qu’on se veut plus blanc que neige. Prenons seulement ça : « Comment pourrions-nous encore dormir en sachant que nous avons accepté l’argent de ceux et celles qui trouvent drôle d’imaginer que Jean Charest se fait violer en prison (blague faite lors du spectacle de la CHI), alors que le viol est un outil de domination patriarcale que nous dénonçons, à corps perdu, depuis toujours, et que cette « blague » banalise perversement la chose? » La blague de Charest qui se fait violer en prison (échappe son savon…!), il me semble que j’ai déjà entendu ça à quelque part… Dans une manif. Lancée par des petits groupes radicaux, le plus souvent, et certainement par des féministes. À un moment donné, c’est clair que dans un groupe, il y a des gens avec qui ont est en désaccord. Alors quoi? On va boycotter le monde entier?

    Ensuite, de dire que « la vaste majorité des humoristes québécois ne sont pas drôles », c’est l’équivalent de faire les mêmes généralisations que certains font dans leurs jokes sur les policières lesbiennes et frustrées. J’adore l’humour de Guy Nantel, de Claudine Mercier et de Mario Jean. Est-ce qu’on devrait les renier parce qu’ils ont été sur la même scène que Mike Ward pendant une soirée? (D’ailleurs, je me demande si Yvon Deschamps fait aussi partie de la catégorie des humoristes pas drôles à boycotter.)

    On comprend, les stéréotypes, c’est nul. Les standards de beauté, c’est nul. J’essaie moi-même de conscientiser les gens autour de moi. Mais quand on dit « un chien », on pense à quoi? Ben à un chien. En santé, habituellement. Pas un chien à qui il manque des pattes, parce qu’il est handicapé. On n’a pas le choix de catégoriser. On est fait comme ça. L’ensemble du dictionnaire est une description de ce que les choses DEVRAIENT être. Mais il y a des particularités et des exceptions à tout. Et essayer d’anéantir les stéréotypes, c’est comme essayer d’anéantir la méchanceté. C’est impossible, il faut vivre avec. (Tout en rappelant les gens à l’ordre lorsqu’ils ne voient plus que les stéréotypes.)

    « « Si nous ne voulons pas faire faillite et pouvoir continuer notre lutte, nous avons besoin d’amasser énormément d’argent dans les prochains mois. En ce sens, nous ne pouvons nous priver d’aucun don provenant d’individus ou de groupes qui nous appuient. » Au prix de nos principes. La marchandisation, c’est exactement ça. Et c’est ce contre quoi on se bat. »
    Heum non, je ne suis pas d’accord. Si on avait accepté l’argent du PQ, là j’aurais trouvé que ça pouvait ressembler à de la marchandisation. Mais les humoristes qui y ont participé avait des intentions altruistes selon moi. Et contrairement à la marchandisation du savoir, la participation en argent de la CHI n’affectera aucunement ce que les profs devront enseigner ou la façon dont la CLASSE devra gérer son argent. Et que la CLASSE accepte l’argent ou non ne changera absolument rien au fait que Mike Ward continuera à faire des shows et à contribuer à la violence et au crime que sont la grossièreté. Mais si l’on pousse ce raisonnement, il faudrait peut-être aussi boycotter tous les magasins qui vendent de l’alcool, parce que l’alcool mène à la dépravation et à la violence. Les films d’horreur aussi, ça ne devrait pas exister, parce que ça promouvoit la violence. J’espère qu’aucune de ces féministes ne regardent de films d’horreur, parce qu’ils sont habituellement très dégradants pour la femme. J’ironise, évidemment, mais ce que je veux dire, c’est qu’encore une fois, on doit en prendre et en laisser. Si ça avait été seulement Mike Ward en show, j’aurais peut-être pu comprendre qu’on puisse refuser son aide. Mais là c’était un regroupement d’humoristes et je refuse de tous les mettre dans le même panier (STÉRÉOTYPE!)
    Je termine en disant que d’être trop exigeant et de toujours vouloir la perfection peut mener à des extrêmes néfastes. Et qu’avant de demander aux autres d’êtres blancs comme neige, il faudrait d’abord reconnaître avec humilité qu’on n’est peut-être pas si blanc soi-même.

  6. Nul n’est à l’abri de la critique et quand les CHI poussent des hauts cris parce qu’on ose rapeller certaines contradictions, je trouve que c’est pousser un peu loin le bouchon.

    Mais celles qui critiquent les humoriste ne sont pas elles non plus au dessus de la critique.

    Je suis assez mal àl’aise quand un groupe s’auto-proclame gardien de la rectitude politique. J’étais mal à l’aise quand Jean Charest et d’autres ministres faisaient les gorges chaudes parce que GND et la CLASSE préféraient employer l’expression « se distancer des actes violents » au lieu de « condamner la violence ». Aujourd’hui je suis mal à l’aise face à une position qui prône le boycott d’humoristes qui ne sont pas assez politiquement correct.

    Je suis d’accord avec l’analyse de fond apporté par ce texte mais j’y vois une dérive autoritaire, une volonté d’imposer à tout prix la rectitude politique.

  7. Je voudrais vous référer à un article publié ici qui s’intitule « Moi j’suis un plus meilleur révolutionnaire »
    http://laxedumad.com/2012/06/13/moi-jsuis-un-plus-meilleur-revolutionnaire/

    Quand on demande, pour le bien de notre province, aux partis politiques indépendantistes de faire des compromis et de s’entendre, ça veut aussi dire se pencher sur les problèmes les plus urgents. Pierre Falardeau acceptait volontiers l’argent sale du fédérale pour financer ses films. Ses films qui se moquaient de la main qui l’a nourri. Il disait que s’ils sont assez caves pour lui offrir l’argent, il n’allait certainement pas la refuser.

    Christian Vanasse (Zapartiste) est très clair là-dessus, il faut toujours regarder le message de fond dans un spectacle d’humour. Il y a toujours un message. Je crois ici que certains humoristes sont cités à tort. Quand on rit jaune des blagues de Mike Ward, on finit par comprendre que les positions exprimées au premier degré sont en fait de très mauvais goût. En ridiculisant les aberrations, nous parvenons à mieux les identifier, à être plus critiques et à nous en immuniser.

    Personnellement, je me concentrerais sur des situations comme celle citée ci-dessous pour faire avancer la cause féministe.
    https://secure.avaaz.org/en/justice_for_lal_bibi_c/?bWEENab&v=15757

  8. L’humour est de provoqué un écart de sens. Elle s’attarde parfois à des stéréotypes comme on partage un code de communication pour faire un écart de sens qui provoque ou cherche à provoqué le rire. Le rire est l’éclat du sens, des sens, le trop de sens ou le pas assez de sens mais jamais le sens conforme. Le sérieux n’est pas le contraire de l’humour. Je dirais plutôt que l’humour et le sérieux s’oppose à la réalité. L’un et l’autre partage la déception de cette réalité.

    Si on veut donner un sens politique à l’humour peine perdu….embrigadé l’humour serait de faire de la langue une structure de sens fermé.

  9. Aux féministes du comité GGI:

    Votre texte m’a éclairé, merci. Par contre, que faites-vous des propos sexistes/homophobes/etc. que les blogueurs de L’axe du mad nous servent continuellement? À titre d’exemple (un parmi tant d’autres), L’axe du mad se présente ainsi:

    «Ils [les blogueurs de l’axe du mad] ne te feront pas pleurer non plus, parce que pleurer c’est FIF. L’axe du mad : l’ultime arme de discussion massive.»

    Dans ma perpétuelle quête de cohérence si pleurer c’est fif L’axe du mad (et je vous cite) «légitiment et renforcent plusieurs formes de violence envers des populations opprimées.»
    Vous vous êtes insurgées contre les humoristes de la CHI pour certains de leurs propos indécents, alors pourquoi pas s’insurger contre L’axe du mad?

    J’apprécie bien trop les textes que je lis sur cette tribune pour m’insurger contre eux évidemment. Et j’apprécie tout autant la plupart des textes de nos humoristes québécois. Par contre, c’est une pente glissante que d’affirmer que les blagues de nos comiques légitiment et renforcent plusieurs forment de violence…

  10. Je crois qu’il y a deux types d’humoristes (généralisation hâtive et abusive?): ceux qui vont utiliser le stéréotype pour faire rire, ceux qui vont faire la même chose tout en parvenant à nous faire réfléchir (ex.: Yvon Deschamps). J’imagine que c’est à peu près la différence entre un technicien et un artiste…

  11. Merci pour cette explication.

    Maintenant, j’ai une une remarque concernant ce que je perçois comme une incohérence.

    Vous dites : «En tant que féministes, nous ne pouvons tout simplement pas nous associer à ces gens.»

    C’est comme si vous faisiez aux autres ce que vous reprochez aux autres de vous faire. Il me semble que vous ne devriez même pas utiliser l’expression «ces gens».

    La critique féministe est valable car elle est motivée par le désir d’un monde meilleur. Pour moi, dans un monde meilleur, tout le monde sera le bienvenu. Tel quel. Sans discrimination. Que la personne ait tout compris ou qu’elle n’ait rien compris. Qu’elle soit très drôle ou plate à mort. Dans un monde meilleur, il n’y a pas 99% vs 1%, il y a 100% ensemble.

    Vous dites aussi : «Nous ne marchanderons jamais nos principes pour de l’argent, encore moins pour l’appui populaire.»

    Ça c’est très bien, très cohérent et c’est aussi comme ça que j’ai tâché de mener ma vie…

    Merci !

    Serge Grenier

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